Des soirées dansantes pour revivre le Berlin des années 20

Des soirées dansantes pour revivre le Berlin des années 20

Envie de changer d’air et de musique, d’évoluer dans un décor rétro, de revivre le Berlin so chic and swing des années 20 ? Ce qu’il vous faut s’appelle Bohème Sauvage ! Bien connues des aficionados des années 20, des noceurs en quête de soirées dansantes extravagantes, les soirées Bohème Sauvage organisées à Berlin et dans plusieurs autres villes d’Allemagne par Else Edelstahl sont devenues en quelques années un Must. 

Soirées dansantes du Berlin des années 20

Depuis 2006 , Bohème Sauvage invite à retrouver l’atmosphère des années 20, dans d’anciens dancings ou lieux choisis pour leur déco rétro. Les convives ravis se distinguent par leur tenues inspirées des années 20 et prennent un plaisir non feint à danser au son des standards swing. Séduite par cette belle idée, j’ai décidé de rencontrer, Else Edelstahl, l’organisatrice de ces soirées dansantes inspirées du Berlin des années 20. Pour cet entretien, nous avions rendez-vous au Ballhaus de la Chausseestrasse, une magnifique salle de bal de 1905 qui a conservé son lustre d’antan.

Comment l’aventure Bohème Sauvage a t-elle commencé ?
Le déclic vient d’un livre de ma bibliothèque, Les Salons Parisiens, dans lequel il est question de la culture des salons parisiens au 18e siècle. Ces salons tenus par des femmes de la haute bourgeoisie accueillaient les beaux esprits de leur temps (écrivains, artistes, savants et musiciens) et leur offraient l’opportunité de débattre. Il existait divers salons : musicaux, littéraires ou politiques.
J’ai été emballée par ce concept et je me suis donc renseignée sur ce qui s’était passé d’équivalent en Allemagne.
Ici c’est arrivé plus tard. Les salonnières étaient majoritairement des femmes juives qui faisaient partie de la haute société.
Parmi elles, on peut citer Betty Stern, l’une des dernières grandes salonnières du 20e siècle. Son salon du jeudi soir était particulièrement prisé et accueillait entre autres l’écrivain Erich Maria Remarque et la danseuse Joséphine Baker. Être invité chez Betty Stern vous ouvrait les portes du succès.
La jeune Marlène Dietrich y est elle aussi passée… L’arrivée du régime nazi au pouvoir et la Seconde Guerre mondiale ont sonné le glas de ces salons.
Dans le Berlin d’aujourd’hui, les années 20 sont encore très présentes. Je ne parle pas des immeubles (beaucoup ont été détruits) mais de la culture et des artistes tels que  Kurt Weil, Brecht, l’Opera de quat’ sous.

Quand la première soirée a t-elle eu lieu ?
J’ai organisé la première soirée (privée) en 2004 à Berlin. Elle s’appelait Salon Edelstahl – d’après mon nom de famille.
J’avais invité plein d’amis comédiens et artistes, des personnes qui selon moi pouvaient être séduites par ce genre d’expérience. C’était complètement nouveau !
Peu à peu un cercle s’est créé, chacun s’inventait un nom, un métier, une nouvelle identité et entrait ainsi dans la peau d’un personnage.
Chacune de ces soirées dansantes étaient liées à une date précise du Berlin des années 20.
Nous avions alors le journal du jour choisi, savions quel film était sorti ce jour-là, quelle pièce passait au théâtre, etc.
Les débuts de soirée étaient plutôt calmes puis les gramophones commençaient à diffuser de la musique et nous commencions à danser, boire du vin, de l’absinthe et du mousseux. Puis cela virait à la fête, nous étions une cinquantaine à swinguer chez moi jusqu’à 6h du matin.
Bien évidemment, mon appartement était aussi décoré dans le style des années 20. Tout ce qui datait d’une autre époque (ordinateur par exemple) devait disparaître le temps de la soirée.

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le Berlin des années 20 ?
Une effervescence sans équivalent.
Entre les deux guerres, pendant la République de Weimar, les choses changent très rapidement. C’est la première démocratie en Allemagne et c’est aussi un grand chaos politique.
A cette époque, Berlin est la troisième plus grande ville au monde après New York et Londres. Culturellement, c’était le centre du monde, beaucoup de gens venaient passer du bon temps, s’amuser à Berlin. En même temps, il y avait beaucoup de misère et de prostitution.
Du fait du chaos politique, il n’y avait pas vraiment de police pour réguler tout ça.

Quelles sont les personnalités qui vous ont marqué, inspiré ?
Kurt Tucholsky, démocrate de gauche, socialiste, pacifiste et antimilitariste. Tucholsky est un observateur perspicace des évolutions politiques et sociales de son époque. Journaliste, écrivain et poète, sa plume est l’une des plus piquantes de la République de Weimar.
Anita Berber, bien sûr, grande figure du Berlin des années 20. Une des premières danseuses nues, une femme libre, qui transgressait les règles. Il pouvait lui arriver, lorsque elle n’aimait pas un client, de monter sur la table et de pisser dans son verre. Elle se droguait, prenait de la coke, sniffait de l’éther…
Magnus Hirschfeld, médecin et militant homosexuel. L’un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle et le premier à avoir étudié la sexualité humaine sur des bases scientifiques.
Il apparaît dans le film Anders als die Andern, le premier film allemand qui traite de l’homosexualité.
Klaus Mann, fils de Thomas Mann. A l’âge de 19 ans, il publie son premier ouvrage, La danse Pieuse.
C’est le premier roman ouvertement homosexuel. Lui aussi décrit très bien son époque et, entre les lignes, il parle beaucoup de sexe et de drogue.

Les soirées que vous organisez ne sont pas uniquement des soirées dansantes. Il se passe bien d’autres choses.
Oui, même si la musique et la danse des années 20 sont au cœur de ces soirées, il y a aussi des comédiens, danseurs et danseuses, des effeuilleuses qui viennent des 4 coins du globe : Italie, Angleterre, Etats-Unis, France…
A l’arrivée chacun reçoit 30 Reichsmarkt en jetons. Avec ces jetons on joue au casino ou au blackjack, c’est un bon moyen de faire connaissance.

Dans quel genre de lieux se déroulent ces soirées ?
Une des autres particularités de ces soirées dansantes années 20, c’est qu’elles ont lieu dans différentes salles de Berlin, chacune avec une ambiance particulière.
Le Ballhaus Mitte fête ses 111 ans cette année. Son décor d’époque s’adapte très bien à nos soirées.
En 2015, nous avons organisé une soirée au Konzerthaus am Gendarmenmarkt, un énorme bal de 800 personnes sur plusieurs étages. C’était terriblement élégant, mondain et chic, tout le monde était sur son 31.
Au Bassy, l’ambiance est plus dans l’esprit de la prohibition des années 20.

Qu’est-ce que l’on boit durant ces soirées ?
De l’absinthe même si ça n’est pas LA boisson de cette époque, c’était plutôt la bohème parisienne qui buvait de l’absinthe.
La bohème à Paris c’est en 1900, à Berlin 1920 et à Berlin on s’inspire un peu de ce qui a été fait à Paris.
Sinon ce qui se boit le plus c’est : mousseux, champagne et schnapps.

Bien entendu le dresscode est de rigueur. Où peut-on trouver le total look du Berlin des années 20 ?
Il est possible de louer sa tenue chez Le Boudoir dans la Boxhagenerstr. (Friedrichshain), qui dispose d’une très belle collection. Pour les hommes, beaucoup de costumes et de chapeaux cylindre sont même d’époque.
Pour les femmes, il y a également un grand choix de robes de soirée années 20 et de nombreux accessoires : colliers, bracelets, boas…

Danke Else !

Propos recueillis par Myriam pour Berliner for a Day.

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