Katharina, illustratrice

Katharina, illustratrice

Katharina, c’est tout d’abord une rencontre personnelle : une (belle) fille au regard bleu pétillant, un rire franc et chaleureux, une connivence immédiate.
Originaire de Hambourg, elle vit depuis plus de dix ans à Berlin et illustre depuis au moins aussi longtemps des livres pour enfants traduits en plusieurs langues. A côté de son travail d’illustratrice, elle peint. Lorsqu’elle m’a montré son travail, j’y ai perçu l’esquisse d’un changement de sujet et de style. A suivre donc…

Pourquoi, comment as-tu décidé d’illustrer des livres pour enfants ?
Ça n’a pas vraiment été une décision réfléchie mais plutôt une évolution naturelle.
J’ai toujours aimé lire et écrire. Durant mes études en fac de lettres (littérature allemande et anglaise), je passais pas mal de temps à dessiner mes camarades. J’ai ensuite postulé pour une l’école d’art, là c’est l’illustration qui avait ma préférence. Pour illustrer, il faut des histoires : c’est ainsi que mon diplôme de fin d’études a été mon premier livre pour enfants.

Ton enfance a‐t‐elle influencé ton choix professionnel ?
Oui, tout à fait. J’ai d’abord été élevée dans l’esprit de Mai 68, avec un certain laisser-faire. Ensuite, le mode d’éducation est devenu plus autoritaire mais c’était déjà trop tard, j’avais pris le pli. J’étais une enfant qui n’acceptait pas de réponse négative sans une argumentation qui tienne la route. Dans mes livres, je me place toujours du côté des enfants, j’adopte leur point de vue et mets en scène leur imagination. D’ailleurs, je ne suis pas du tout attirée par les livres pédagogiques, cela m’ennuie très vite. J’ai une petite sœur qui a dix ans de moins que moi et elle me demandait sans cesse de lui raconter des histoires. Plus tard elle a voulu des dessins pour les accompagner, j’ai fait mes premiers livres pour elle !

Tu développes aussi un travail plus personnel. Peux-tu m’en dire quelques mots ?
J’ai conçu ma dernière série de tableaux d’après une nouvelle de Raymond Carver que j’avais adorée à l’âge de 17 ans. Il s’agit de quatre personnages qui parlent d’amour durant toute une nuit en buvant du gin autour d’une table. Pour cette série, j’ai repris leurs dialogues tout en y laissant transparaître mon cheminement personnel et mon changement de point de vue par rapport à l’amour.

Quelle est ta technique de prédilection pour l’illustration ? Est-ce la même pour l’illustration et tes tableaux ?
La peinture et le dessin. Pour la peinture j’utilise de l’acrylique, à la base c’est du plastique, du coup ce n’est pas très attirant. La technique que j’ai développée avec le temps me permet de lui donner une texture qui dépasse cet effet plastique. J’utilise des brosses dures et j’applique la couleur directement sans eau. Plusieurs couches de peinture créent un fond flou et plus mystérieux. Les détails viennent ensuite avec des pinceaux très fins ou à la plume.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Cela peut être une rencontre dans la rue, un petit croquis dans mon cahier de voyage, une ligne dans un livre, de la musique, une visite dans un musée, plus particulièrement la Gemäldegalerie, les questions que me posent mes enfants.  En ce moment, je suis en train de lire une biographie de Montaigne, cela m’amène par exemple à imaginer une rencontre dans un bar. De quoi parlerions-nous Montaigne et moi au zinc ? De calcul biliaire, de la liberté d’opinion ?
Est-ce qu’il me demanderait si je suis sur Facebook?  Et hop, c’est parti pour une nouvelle histoire !