Le Berlin de Bowie

Le Berlin de Bowie

Bowie le dandy s’est exilé entre 1976 et 1978 à Berlin. Il y a fréquenté une faune bigarrée, des clubs agités, des bars déglingués.

Retour sur les pas de l’artiste caméléon dans un Berlin, à l’époque encore, coupé par le Mur.

David Bowie à Berlin 

Son lieu de vie

Lorsqu’il arrive à Berlin, David Bowie est plutôt mal en point aussi bien sur le plan physique (émacié à l’extrême, il ne pèse plus que 50 kilos !) que sur le plan psychologique. Son addiction à la cocaïne le rend parano, mégalo et les délires mystiques sont de plus en plus fréquents.
Avec son ami l’Iguane, alias Iggy Pop, accro à l’héroïne depuis quelques années, il a décidé de fuir la Californie et de rejoindre Berlin pour y arrêter la drogue.
En 1976, les deux compères posent leurs valises dans un appartement de 250m² à Schöneberg, un quartier situé à l’Ouest dans la zone sous contrôle américain. Gris et désolé, ce coin de Berlin n’en est pas moins vibrant et particulièrement animé… la nuit. Emportés par le vent de liberté, les deux hommes y resteront 2 ans.

L’art

Bowie arrive à Berlin, fasciné par l’histoire et surtout par la créativité artistique de la République de Weimar.
Particulièrement attiré par la peinture expressionniste allemande, il ne manque pas une occasion de nourrir sa passion et se rend régulièrement au Musée Die Brücke afin d’y admirer les tableaux de Kirchner, Emil Nolde et surtout Erich Heckel dont le tableau Roquairol  inspirera la fameuse pochette de Heroes.
Musicalement les sons froids du Krautrock (notamment le disque Autobahn de Kraftwerk sorti en 1974) attisent sa curiosité.

Les disques

La fameuse trilogie berlinoise. Entre 1976 et 1979 David Bowie donne naissance à trois albums enregistrés au moins en partie à Berlin, Low, Heroes (le seul album enregistré totalement à Berlin) et Lodger .
A côté de ça il produit en 1977 The Idiot et Lust for Life de son ami Iggy Pop.
Pour cela il se rend régulièrement aux désormais mythiques Hansa Studios, situés à deux pas du Mur.

Les bars et clubs

A l’époque du Mur, côté Ouest, deux quartiers sont réputés pour leur grisante agitation nocturne.
A Schöneberg, Bowie fréquente une boite tenue par sa maîtresse, le transsexuel Romy Haag.
« Chez Roomy Haag » aura vu, entre 1974 et 1983, passer bien du beau monde (Grace Jones, Tina Turner, Freddy Mercury, David Bowie, les Rolling Stones, etc.).
Bowie et Iggy Pop passent aussi beaucoup de temps au « Anderes Ufer », le bar gay voisin de leur immeuble, et s’aventurent régulièrement au « Dschungel » (la Jungle en vf), club considéré comme le pendant du Studio 54 à New-York ou du Palace à Paris. Un joyeux bobinard dans lequel ne rentre pas qui veut… mais la porte est ouverte tous les jours (sauf le mardi) à partir 22h aux excentriques et aux célébrités de préférence. Le lieu a définitivement fermé ses portes en 1993.
A Kreuzberg, Bowie a aussi ses habitudes. Il se rend souvent dans une ancienne boucherie reconvertie en bar ou encore dans une taverne qui fait également office de restaurant autrichien. Bowie y joue au billard avec son ami peintre Martin Kippenberger jusque tard dans la nuit… Aujourd’hui reconverti en un restaurant étoilé, cet endroit était à l’époque connu pour sa faune barrée et ses créatures de nuit extatiques.
C’est aussi à Kreuzberg que Bowie fréquente le So 36, club punk historique, particulièrement agité à l’époque.

Concert

S’il faut retenir une date, c’est celle du 6 juin 1987.
A cette époque, Berlin est encore séparée et encerclée par le Mur.
Pas loin des Hansa Studios où il enregistra sa trilogie allemande, sur la pelouse du Reichstag, Bowie rassemblera ce jour-là, le temps d’un concert devenu légendaire, la jeunesse de l’Ouest  – où le concert est donné  – et celle de l’Est  – pour laquelle d’énormes enceintes ont été disposées afin qu’elle puisse entendre le concert, à défaut de pouvoir le voir…

NB : La plupart des lieux où David Bowie avait alors ses habitudes ont aujourd’hui disparu. Cependant certains d’entre eux sont évoqués lors de  mes visites.