Le Kumpelnest 3000, un bar

Le Kumpelnest 3000, un bar

Le Kumpelnest 3000 fait partie de ces bars dont on entend parler lorsqu’on commence à connaître un peu la ville et à se l’approprier de façon plus personnelle.
La première fois que j’ai franchi la porte de ce bar que l’on remarque à peine sur la Lützowstrasse, c’était en hiver. Un ami très persuasif, et toujours plein de ressources lorsqu’il s’agit de « super endroits » où boire un dernier verre, avait réussi à me traîner loin de mon Kreuzberg.
C’était en hiver comme je l’ai dit, il faisait très froid cela va sans dire – à Berlin l’hiver il faut être très motivé pour mettre le nez dehors à partir d’une certaine heure… Je me donc suis précipitée à l’intérieur tout en me demandant pourquoi j’avais cédé à l’ami en question et en me disant que Kreuzberg, saperlipopette ! c’est tout de même bien plus animé que ce coin triste et désert.
Un pied à l’intérieur plus tard et un regard circulaire plus loin ont suffi pour me convaincre que le Kumpelnest 3000, contrairement à la rue dans laquelle il se trouve, n’a rien de triste ni de désert.
Cet ancien bordel a minutieusement conservé sa déco bariolée d’époque : ses murs sont recouverts d’une moquette, bariolée et nicotinée par les années sur laquelle sont accrochés des miroirs et tableaux champêtres.
Le mobilier fatigué et dépareillé donne sa touche finale à cet endroit qui baigne dans un constant nuage de fumée.
Si le Kumpelnest 3000 fait partie de ces lieux dans lesquels on sait que le soi-disant dernier verre ne sera probablement pas le dernier, ce n’est ni pour son cadre, (quoique…)  ni pour sa musique (éclectique, elle fait le grand écart entre tubes disco et musique industrielle) mais plutôt pour sa clientèle qui donne au bar son atmosphère chatoyante.
Un mélange détonant de noceurs, alcooliques, artistes, travestis, hommes d’affaires, existentialistes et hédonistes. Au Kumpelnest on engage vite la conversation et on s’aperçoit que beaucoup sont des clients réguliers et qu’ils fréquentent le lieu depuis des lustres – et cela de façon assidue.
Ouvert le 1er mai 1987 par l’étudiant Mark Ernestus dans le cadre de son diplôme de fin d’études à l’école des Arts de Berlin, le Kumpelnest restera pendant longtemps à l’image de ses premières années sauvages un lieu hautement excentrique.
Pour y être retournée plusieurs fois depuis ce soir d’hiver, je peux dire qu’on retrouve aujourd’hui encore certains soirs cette énergie un peu folle, et ces soirs-là l’on ne regrette vraiment pas d’avoir délaissé Kreuzberg le temps d’une nuit.
Pour la petite histoire, Mark Ernestus a fait du chemin depuis l’ouverture du Kumpelnest. C’est lui qui en 1989 a ouvert avec Moritz von Oswald le célèbre magasin Hard Wax, premier disquaire de vinyles indépendant au monde spécialisé dans la musique électronique et le dub.