Nico, une sombre héroïne

Nico, une sombre héroïne

Nico – de son vrai nom Christa Päffgen – est née le 16 octobre 1938 à Cologne. Sa mère Margarete Päffgen a rejoint Berlin durant la guerre et travaille en tant que couturière au KaDeWE, le célèbre grand magasin de luxe situé sur le très chic Kurfürstendamm.
Quelques années plus tard, Nico y sera elle-même vendeuse par le biais de sa mère. A l’âge de 16 ans, elle tape dans l’œil du photographe Herbert Tobias, qui lui propose de poser pour les premiers magazines de mode d’après-guerre.
En 1954, la jeune fille quitte l’école et Berlin, devient mannequin et s’envole bientôt pour Paris. C’est là que Tobias la surnomme Nico du prénom de l’un de ses amants : le réalisateur grec Nico Papatakis. A la fin des années 50, Nico est un des mannequins les plus convoités. La top model vit entre Paris et Londres, rencontre Bob Dylan, Brian Jones et Jimmy Page et apparaît dans quelques publicités avant d’endosser un petit rôle au cinéma dans le film La Tempesta d’Alberto Lattuada. En 1959, Nico interprète son propre rôle dans le célèbre film de Fellini La Dolce Vita. Séduite par cette expérience, elle décide de prendre des cours à New York, auprès de Lee Strasberg afin de devenir actrice.
Au début des années 60, Nico commence à expérimenter la drogue : speed et valium.
A New York, la belle blonde au regard hypnotique charme Andy Warhol et devient l’une des muses du pape de la pop, qui la fait jouer dans certains de ses films (Chelsea Girls, The Closet, Sunset, et Imitation of Christ) et l’impose comme chanteuse au Velvet Underground.
La voix grave aux consonances germaniques, lente et monocorde de Nico marque par son étrangeté. L’album à la banane Velvet Underground & Nico sort en 1967. Nico y interprète trois morceaux éblouissants: Femme Fatale, I’ll Be Your Mirror et All Tomorrow Parties et se joint au chœur sur le (non moins éblouissant) morceau Sunday Morning.
La collaboration n’ira pas plus loin, on peut supposer que Lou Reed n’est pas décidé à se laisser voler la vedette. A cette époque, la chanteuse Nico (désormais loin de Berlin) expérimente le LSD avec son ami Jim Morrisson.

En 1967, Nico signe son premier album solo Chelsea Girl, titré ainsi en référence au film d’Andy Warhol dans lequel elle a joué. Les morceaux sont composés par Bob Dylan, Tim Hardin, Jackson Browne, Lou Reed, Sterling Morrison et John Cale (excusez du peu!).
Dans cet album original, aux arrangements de cordes et de flûtes, Nico affirme d’emblée un style unique. Sa voix se fait plus sombre et spectrale, plus fascinante et mélancolique aussi… Comme elle le disait : «  Je ne chante pas pour le public, j’essaie de rester aussi seule que possible, de ne pas établir le moindre contact. J’aime les chansons sombres et tragiques… »
A sa sortie l’album Chelsea Girl ne rencontre pas un grand succès.

A partir du deuxième album, suivant les encouragements de John Cale, Nico écrit ses propres textes et joue de l’harmonium, qui deviendra son instrument de prédilection.
Les albums de Nico s’orienteront de plus en plus nettement vers une musique non conventionnelle aux tonalités proches de la New Wave la plus sombre et du rock gothique.

A partir des années 70, Nico vivra entre Berlin, Paris, New York et Ibiza. En 1969, la chanteuse rencontre le cinéaste français Philippe Garrel avec lequel elle vivra pendant neuf ans.
Nico apparaît dans sept des films du cinéaste, notamment dans la Cicatrice Intérieure où elle tient le rôle principal aux côtés de Pierre Clémenti.
A la fin des années 60, elle commence à prendre de l’héroïne, une drogue qui l’accompagnera (trop) longtemps.

En 1985, Nico enregistre Camera Obscura : son dernier album, très expérimental aux sonorités jazz sur lequel elle reprend My Funny Valentine de Chet Baker.

C’est à Berlin que la chanteuse donne son dernier concert, Fata Morgana, en juin 1988 – plus précisément à Berlin-Ouest, dans le quartier de Steglitz au Münsterdamm. Quelques mois plus tard, le 18 juillet 1988, Nico décède à l’âge de 49 ans sur l’île d’Ibiza suite à une chute de vélo.

Comme la chanteuse l’avait souhaité, elle sera enterrée à Berlin aux côtés de sa mère. Niché au milieu de la forêt de Grünewald, le cimetière des suicidés est la dernière demeure de l’icône dont l’aura sulfureuse ne s’éteindra pas de sitôt.

Discographie de Nico :
1967 The Velvet Underground and Nico, 1967 Chelsea Girl, 1969 The Marble Index, 1970 Desertshore, 1974 The End, 1981 Drama of Exil, 1985 Camera Obscura

Documentaires sur Nico :
1995 Nico Icon de Susanne Ofteringer
1988 Nico In Memoriam de Bernd Gaul (petit docu sur son concert donné en 1986 à Berlin)

Bibliographie Nico :
Alban Lefranc Vous n’étiez pas là. Roman paru chez Verticales
L’Amour n’oublie jamais. Mémoires de son fils Ari, contenant des photos inédites paru chez Pauvert

« Article précédent
Article suivant »