Teufelsberg, la montagne du diable

Teufelsberg, la montagne du diable

Une idée de balade originale : Le Teufelsberg de Berlin.

La perspective d’une balade insolite à Berlin vous tente ? Je vous propose de chausser vos chaussures de marche et de partir à la découverte de la Montagne du Diable : le Teufelsberg situé au cœur de la vaste forêt de Grünewald.

Deuxième plus haut sommet de Berlin, la Montagne du Diable doit son nom au lac (Teufelsee) le plus proche : le lac du Diable.
A propos de ce lac plusieurs légendes circulent. L’une d’elle parle d’une princesse et de son château qui auraient disparu, engloutis par le lac. Une autre évoque l’emplacement d’un autel du diable à proximité du lac.
Plus prosaïquement le Teufelsee est un petit lac entouré d’arbres, aux eaux sombres et tranquilles (l’œil du diable ?).
Diable ou pas, le lac – autrefois paradis des nudistes il est depuis quelques années fréquentés par une population mixte – accueille chaque année en été les Berlinois avides de soleil et de baignade.

Mais revenons à notre insolite Teufelsberg ! Du haut de ses 114m, il offre sur la forêt touffue de Grünewald (la plus grande de Berlin) et sur ses environs un panorama à couper le souffle A l’Est on aperçoit la tour de la télévision, la coupole du Berliner Dom ainsi que le fleuve la Havel, à l’Ouest les voiliers blancs qui scintillent sur l’un des lacs tout proches.

Teufelsberg Berlin

Cependant le Teufelsberg cache une histoire et un destin bien insolite pour une seule et même montagne !
Son origine remonte à l’époque du Troisième Reich, lorsqu’Adolf Hitler prévoit de raser Berlin (qu’il n’aimait pas) pour la remplacer par une capitale aux proportions monumentales : Germania.
C’est dans la forêt de Grünewald qu’Hitler avait choisi de faire construire une université militaire et technique mais ses plans ont été stoppés par le début de la Seconde Guerre mondiale.
Après la guerre, la capitale est un vaste champ de ruines et la majeure partie des gravats inutilisés seront déversés sur les fondations de cette université, qui du coup ne sera jamais achevée. Le Teufelsberg est donc une montagne artificielle, constituée de 25 millions (!!!) de mètres cubes de débris causés par les bombardements.

A partir des années cinquante et durant toute la période de la Guerre Froide, les Américains (la NSA) ont utilisé la montagne pour intercepter les messages en provenance du bloc de l’Est et en particulier de la RDA en provenance du bloc de l’Est, en particulier de la RDA  et de l’URSS. Le Teufelsberg devient une station d’espionnage de Berlin, au sein de laquelle travaille – dans des bureaux sans fenêtres, éclairés 24 heures sur 24 à la lumière artificielle et sous air conditionné – une unité spéciale dont la fonction première est de recueillir des informations, établir des rapports et d’envoyer tous les messages susceptibles d’intérêt vers les États-Unis ou l’Angleterre afin qu’ils soient décodés. Les autres informations sont brûlées sur place et permettent de chauffer toute une partie du bâtiment (sic). Les bâtiments que l’on voit aujourd’hui aux dômes ronds recouverts (pour ce qu’il en reste) de bâches spéciales datent de cette époque.
Un peu après la réunification  un groupe d’investisseurs achète le Teufelsberg avec le projet de conserver la station de la NSA pour en faire un musée de l’espionnage et y construire des hôtels et immeubles de luxe. Le projet ne verra jamais le jour car la ville de Berlin a entre-temps déclaré cette zone protégée.
Plus étrange encore (je vous l’ai dit, cette balade est l’occasion de plonger au cœur d’un Berlin bien insolite !) : en 2007 la fondation Maharishi (pour une éducation fondée sur la conscience et pour la paix mondiale), soutenue par le réalisateur David Lynch, achète le Teufelsberg pour y construire une université de la paix, au centre de laquelle devait trôner, selon les plans, une tour de l’invincibilité…. Mais la fondation n’obtiendra jamais les permis nécessaires à la construction et revend le terrain.

Longtemps laissée à l’abandon, squattée, endommagée et vandalisée, la station sera reprise en main en 2013 par une équipe qui décide de placer le Teufelsberg sous protection et d’en faire un lieu de création et d’échange culturel.
Des artistes de street art sont invités à produire des œuvres et l’équipe organise des visites payantes.
En 2015, après une brouille, les actuels propriétaires du terrain retirent les droits à l’association et les visites cessent.
Il semblerait que les propriétaires souhaitent à l’avenir se charger eux-mêmes de l’organisation des visites.
A suivre…

Ceci dit, station de la NSA ou pas, une balade dans le coin vaut la peine. En hiver c’est un endroit idéal à Berlin pour faire de la luge ou pour une bataille de boules de neige. L’été c’est une destination parfaite pour échapper au béton, faire de la randonnée et admirer un superbe coucher de soleil.
Pour ceux qui souhaitent prolonger la balade et découvrir un peu plus du Berlin insolite, je recommande (toujours dans la forêt de Grünewald) une visite au Grünewaldturm (Tour de Grünewald). De là une vue magnifique s’offre aux courageux qui auront gravi les 204 marches.
Pour s’y rendre : bus 218, descendre à la station de S-Bahn Halensee.

Les fans du Velvet Underground et plus particulièrement encore de la chanteuse, actrice et compositrice Nico ne devraient pas passer à côté du cimetière des suicidés dans lequel elle a été enterrée aux côtés de sa mère.

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